VISUF : la cité des sourds et malentendants
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L'abbé de l'Epée

L'abbé Charles Michel de l'Épée (1712-1789) , qui était avocat au Parlement de Paris, s'était dévoué pour les pauvres et les indigents. Il dispensait à l'occasion des enseignements à des étudiants entendants. Il advint qu'une rencontre fortuite changea le cours de sa destinée, lorsqu'en 1760 il fut mis en présence de sours jumelles sourdes et muettes. Leur précepteur, le Père Vanin venait de décéder fin 1759. Jacob Rodrigues Péreire, précepteur oraliste d'enfants sourds, ayant acquis une notoriété à la cour du roi, n'enseignait alors qu'à quelques sourds et sourdes privilégiés par leur rang social ou le soutien protecteur de quelques nobles en charges. L'abbé de l'Epée venait de découvrir deux nouvelles élèves, pour lesquelles les voies traditionnelles de l'enseignement restaient lettre morte. Sa philosophie augustinienne l'autorisait à voir dans les gestes de ses deux protégées des signes représentant directement les idées. Il imagina donc une langue de signes gestuels naturels, ordonnés selon la syntaxe française, cette syntaxe étant aperçue comme la représentation de la logique universelle humaine.

L'abbé de l'Epée comprit les enjeux de la langue gestuelle. Le projet de l'abbé de l'Epée portait bien au-delà de la Classe qu'il ouvrit dans la maison familial, au 14 rue des Moulins, butte Saint-Roch, prés du Louvre à Paris ; ayant réunit les enfants sourds de plusieurs pensions de son quartier il conçut de développer une langue gestuelle universelle que les entendants de toutes les nations pourraient apprendre dans des Collèges.

Par l'instruction dispensée, l'abbé de l'Epée rendait ses élèves sourds de tout âge non seulement à la citoyenneté, mais les intégrait encore à un projet de paix : les gestes avaient la faculté de traverser des frontières que les langues orales franchissent difficilement. À son décès, l'abbé de l'Epée instruisait près d'une centaine d'élèves.

La reconnaissance des sourds envers leur maître reste indissociable de leur histoire associative : en créant une école publique, ouverte à toutes les classes sociales, et gratuite, l'abbé de l'Epée réunissait une population abandonnée jusqu'alors ; celle-ci sut se constituer des modèles, avec leurs propres maîtres sourds. Les silencieux prirent en charge la défense de leurs droits à la citoyenneté, et de leurs intérêts les plus légitimes :

Controverses et disputes furent pour l'abbé de l'Epée des sujets de réflexion : devait-on préférer la dactylologie, l'alphabet manuel espagnol, aux signes gestuels, pour permettre une meilleure appropriation de la langue française ? Péreire était un Dactylologiste avisé ; il avait conçu un alphabet phonétique plus expéditif que l'alphabet manuel figurant les lettres traditionnelles : deux représentations visuelles de la langue française s'affrontaient donc en France, au cours de la dernière génération du XVIII E siècle ; l'une représentait les idées par des signes, et l'autre ne figurait manuellement que la forme des mots par l'épellation alphabétique. Ainsi commençait la querelle des Dactylologistes : l'abbé de l'Epée leur opposait une représentation des entités spirituelles, préférable à la simple restitution d'une enveloppe vide de sens.

L'abbé de l'Epée soutenait l'importance des gestes pour l'essor de l'intelligence et l'existence d'une mémoire visuelle suppléant la mémoire auditive. Son action prouva l'éducabilité des sourds dans différents domaines, car ses traités pédagogiques, publiés anonymement en 1776 et 1783, abordaient déjà la lecture sur les lèvres et l'apprentissage de l'articulation chez le petit enfant sourd. Il mettait en garde contre les préjugés tenaces qui assuraient l'indigence des signes gestuels, et la supériorité de la parole comme unique moyen d'enseignement des sourds.

Il invitait d'ailleurs tout instituteur à perfectionner la voie qu'il ouvrit. Il forma de nombreux maîtres qui portèrent sa méthode en Espagne, en Autriche, en Italie, en Hollande 4 ... Sa langue universelle se constituait de signes naturels assujettis à des signes de son invention, Elle fut pratiquée dans de nombreux pays jusqu'en 1830. Mais n'oublions pas que cette technique de visualisation gestuelle des langues orales connaît périodiquement de nouvelles versions, avec des anglais signés 7 divers et de nouvelles versions du français signé.

C'est le filleul de l'abbé Sicard, qui succédera à l'abbé de l'Épée.


L'abbé de l'épée et l'école de la rue des Moulins,
Berceau de l'institution nationale des jeunes sourds de Paris

À son décès, l'abbé de l'Epée instruisait près d'une centaine d'élèves.

 

 


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